À L’OCCASION DE LA BIENNALE AFRICAINE DE LA PHOTOGRAPHIE, YAYA ALPHA DIALLO, JOURNALISTE –PHOTOGRAPHE, S’INQUIÈTE : « SI RIEN N’EST FAIT, L’AVENIR DE LA PHOTOGRAPHIE EST MENACÉ AVEC L’AVÈNEMENT DU NUMÉRIQUE. »

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Bamako, notre capitale, accueille pour la 12ème fois, la Biennale Africaine de la Photographie Africaine. Cet évènement de portée historique, qui a débuté le samedi 30 novembre 2019, se terminera le 05 janvier 2020. Cette rencontre interprofessionnelle de la photographie, si elle a pour objectif de valoriser la profession, est aussi l’occasion de méditer sur les obstacles qui la mine depuis la survenue de certaines circonstances, notamment le numérique.

  • D’où est venue l’idée de cette exposition photos ?
  • Si je peux me permettre, je fais partie des tous premiers initiateurs de la toute première biennale appelée rencontre photographique africaine. Cette première biennale s’est pérennisée et aujourd’hui avec la 12ème édition, donc 25 ans déjà depuis 1994, Bamako devient la capitale de la photographie africaine. Je suis aussi à l’origine de la création de la toute première association relative aux photographes maliens dénommée « Dja ani yeelen ».
  • Pourquoi avez-vous choisi d’exposer dans un lieu aussi public que le café des arts du palais de la culture ?
  • Quand on dure dans une profession, on a toujours un principe, une démarche que l’on adopte. Je voulais être accessible au grand public qui découvre à peine la photographie et qui n’a pas toujours pas la chance de la découvrir dans des cadres luxueux et réservés à quelques privilégiés. Autrement, il est temps de penser à une forme d’exposition qui touche tout de suite un public cible afin de lui montrer les bien-fondés de cette rencontre. Permettre, surtout, une large diffusion des messages à travers nos expositions photos. Il faut noter que notre public cible n’a pas la culture de l’image et donc de l’exposition photos. D’où l’intérêt de se rapprocher de ce public-là.
  • La photo est-elle le moyen le plus approprié pour véhiculer les messages comparativement à l’écrit ?
  • Certes c’est ce qui fait que de plus en plus la manière de présenter la photo varie afin de mieux faire parler d’elle. Autrement, l’information la plus directe, la plus immédiate, c’est la photo. D’ailleurs, aujourd’hui, quand on observe l’internet, les réseaux sociaux, ce sont essentiellement des messages passés par la photographie. En d’autres termes, l’information par la photo est plus explicite qu’implicite. La photo a révolutionné l’information.
  • Parlant de vos rapports avec la nouvelle génération, que constatez-vous aujourd’hui ?
  • La vie est une question de génération et quand celles-ci se succèdent, la nouvelle a intérêt à s’inspirer de l’ancienne. Le numérique, c’est bien mais ne pas oublier les tous premiers outils qui constituent la base tels l’argentique qu’il faut chercher à découvrir et maitriser pour en tirer meilleur profit. En fait, il s’agit de lier, voire combiner ces deux appareils qui appartiennent à des époques différentes pour en bénéficier.
  • Recevez- vous des subventions de la part du gouvernement malien ou plutôt de simples partenaires pour ce genre d’activités ?
  • Peu importe, c’est toujours subventionner que ce soit par l’État ou de simples partenaires. Mais je pense qu’il faut surtout mettre l’accent sur le travail bien fait et le reste suivra car dans ce cas, on est toujours subventionné quelque part.
  • S’agissant du public, que pensez-vous de sa réticence, son manque d’affluence et d’engouement face à un tel évènement de portée historique ?
  • À ce sujet, il faut évoquer l’organisation, la communication et la médiation autour de la chose par des spécialistes. Et lorsque ces éléments y sont correctement réunis, le résultat attendu peut être au rendez-vous. Alors, reste à savoir si ces trois actions énumérées ont été menées comme il se doit.
  • Comment sont déterminés les choix des lieux des expositions en raison du fait que les exposants sont éparpillés ?
  • L’organisation se fait sur le plan gouvernemental, administratif et c’est le programme qui en ressort qui détermine cette répartition.
  • Les difficultés rencontrées dans le domaine de la photographie impactes –t-elles négativement la promotion du milieu ?
  • La photo étant culturelle, il faut noter qu’elle ne faisait pas partie de notre culture. À part qu’avec la colonisation, elle a commencé à en faire partie. Je ne vous apprends rien car vous savez qu’avec l’avènement du numérique, la situation du photographe professionnel s’est aggravée car tout le monde est devenu photographe entre guillemets. Mais ce sont des difficultés qu’il va falloir surmonter.
  • Quels appels avez-vous à lancer à l’endroit du gouvernement malien et à la jeunesse afin d’aplanir les difficultés rencontrées et valoriser la profession ?
  • C’est aux professionnels de la photo de s’insérer avec une synergie, avec une capacité intellectuelle afin de démontrer la place que cette profession occupe dans le quotidien des citoyens en la sécurisant. Et cela nécessite l’implication du gouvernement. Ils sont nombreux à embrasser le métier sans pourtant répondre aux critères requis.
  • Cet entretien tire à sa fin, quels sont vos mots de la fin ?
  • C’est vous que je remercie pour votre disponibilité et votre participation active d’observateur, d’analyste en recueillant nos doléances et les faire porter à la connaissance générale afin que nos difficultés soient sues et contrecarrées.

Entretien réalisé par Souleymane DIALLO depuis le palais de la culture

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