IBIRINAN ZANA COULIBALY SE PROJETTE DANS L’UNIVERS DES ROMANCIERS MALIENS À TRAVERS SON ROMAN « SALI »

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C’était à l’occasion d’une conférence de presse que le nouvel adhérent, dans le prestigieux cercle des écrivains du Mali, a tenu à présenter son œuvre. Intitulée « Sali », cet ouvrage de 100 pages, édité aux éditions « La Sahélienne » dans la collection ’50 voix’, nous plonge au cœur de l’univers sénoufo dont est lui-même issu l’auteur. Abordant des thèmes divers, relatifs aux problèmes de notre société, l’auteur met notamment l’accent sur le phénomène de l’enfance livrée à elle-même non sans dénoncer au passage certaines pratiques improductives et rétrogrades du monde rural. Se prêtant à nos questions, l’écrivain, en plus de sa biographie, nous édifie davantage sur l’ensemble de son livre.

De la biographie de l’auteur

                                      

Sibirinan Zana COULIBALY est né à Korokoundougou dans le cercle de Kadiolo au MALI. Il a fait ses études primaires et une partie du collège en CÔTE D’IVOIRE avant de continuer au second cycle de Kadiolo Koko puis au lycée de Kadiolo au Mali. Il est à la fois détenteur d’un diplôme en Anglais-Unilingue à l’Université de Bamako ainsi que d’un diplôme en Langues Dessin et Musique à l’Institut de Formation des Maîtres de Bougouni. Sa carrière d’enseignant commence en 2011 à Yangasso où il exerce en ce moment comme Conseiller Pédagogique d’Anglais au Centre d’Animation Pédagogique.

Présentation de l’ouvrage « Sali »

« SALI » est un roman de 100 pages, publié par la maison d’édition, La Sahélienne, dans la collection 50 voix. Il est le tout premier roman de Sibirinan Zana Coulibaly, réparti en 18 chapitres. Comme synopsis du roman « SALI », toute l’histoire tourne autour de Sali, la coépouse de Mariam. La petite Fêêrê, la fillette de Mariam disparait un jour pendant que tout le monde est au champ. Malgré la menace des fétiches, les recherches effectuées par les donsos, par le Kômô tigui et tous les hommes du village, la fillette reste introuvable. Des propos tenus par Sali lors d’une brouille antérieure, les révélations faites par Sandotcha, une des deux devineresses qui seront consultées au cours de l’histoire, sa position en tant que coépouse de Mariam, la mère de la portée disparu et d’autres circonstances très compromettantes se ligueront pour la placer en position de suspecte no 1. Comme elle refuse de reconnaitre son crime, pour la faire passer aux aveux, avec l’accord du chef de village et des autres notables, la pauvre Sali est livrée au donsos, dotés d’une cruauté païenne, qui lui font subir un supplice des plus terribles. Torturée, humiliée, avilie, Sali n’avoue rien. Pourtant la fillette reste introuvable. Que faut-il faire ?

  1. Qu’est ce qui vous a motivé à écrire ce roman ? J’ai choisi d’écrire ce roman car c’est une histoire qui m’a beaucoup marqué depuis le bas âge. Puisque j’avais déjà nourri l’ambition de devenir écrivain, alors j’ai décidé d’en faire mon premier roman. Sali a souffert d’un mal dont, de nos jours, souffrent encore de nombreuse femmes et hommes. Pourquoi pas ? Une telle histoire mérite qu’on la raconte et ne saurait attendre.
  2. Vous faites beaucoup référence aux sagesses populaires, êtes vous de la vielle école ? En effet je fais beaucoup usage de la sagesse populaire. Cependant, je ne saurais dire que je suis de la vielle école. Le roman dépeint une histoire qui avait besoin de beaucoup de sagesse de la part de ses protagonistes et puisque tout se déroule en milieu rural alors il faut parler comme on y parle. C’est une façon de rester fidèle aux mots et aux faits et gestes de cette communauté rurale. « À Rome, fait comme les romains », dit-on.
  3. Croyez-vous aux croyances séculaires ?

Oui et non. Je suis musulman et j’ai été à l’école des blancs. Il peut m’arriver d’adopter une attitude iconoclaste vis-à-vis de ces croyances. Mais en tant qu’africain, je ne peux pas m’en défaire. C’est encré en moi. Donc, à la lumière de mon instruction, je crois en certaines et je rejette celles qui ne font pas bon ménage avec ma foi musulmane ou celles que je juge obscurantistes.

  1. Quel sera le sort de Sali ?

Après la disparition de Fêêrê, tout portera à croire que Sali, la coépouse de sa mère, est la coupable. La culpabilité susmentionnée faisant l’unanimité, Sali en bavera énormément. Mais elle clamera toujours aussi haut son innocence en dépit des atrocités qu’elle subira. On fera appel à un autre devin qui finira par la disculper et elle sera réhabilitée par le village. La fillette, quant à elle, connaîtra un sort beaucoup plus triste.

  1. Y a-t-il une rupture entre la justice traditionnelle et la justice moderne dans l’ouvrage ?

Bien sûr qu’il y a une rupture entre la justice moderne et la justice traditionnelle.
C’est d’ailleurs ce qui explique le rôle très distingué de la confrérie des donsos dans cette histoire. Ceci s’explique par le fait que les populations rurales ont horreur de la présence de l’homme en uniforme dans leur quotidien.

En fait, les populations craignaient la police et la gendarmerie. Leurs interventions étaient coûteuses, nécessitaient de nombreux déplacements et inspiraient la terreur. Pour ces multiples raisons, les habitants préféraient régler leurs problèmes entre eux et à l’amiable. « Lorsque tu convoques un frère à la police, il ne te le pardonnera jamais jusqu’à sa mort », disaient- ils. (Chap. v)

  1. Que pensez-vous de la situation des enfants en milieu rural ?

De façon universelle, la situation des enfants en milieu rural n’a pas toujours été aisée. Mais, parlons de l’univers de Sali où la quasi totalité des adultes sont presque toujours pris par leurs activités. La garde des enfants est assurée par d’autres enfants un peu plus âgés. S’ils n’étaient pas malnutris parce que leurs mères n’avaient pas le temps qu’il faut pour leur préparer les repas qui seyaient à leur âge, ils étaient mal vêtus ou tout nus parce qu’elles étaient toujours absentes. Le pis était qu’ils se trouvaient en bute à tous les dangers du monde. Fêêrê la fillette de Mariam a même été enlevée, puisqu’il s’agit d’un rapt, quand il n’y avait aucun adulte beaucoup plus attentionné dans la famille ou dans les parages pour prendre soin d’elle. Par ailleurs, il faut mentionner les problèmes de scolarisation ou d’accès aux infrastructures sanitaires. Et je pense que cette situation prévaut encore dans de nombreuses zones rurales du monde et notamment du continent africain. On a encore des ONGs et organismes internationaux qui tirent la sonnette d’alarme pour attirer l’attention des uns et des autres sur la situation de ces enfants.

  1. La tradition des anciens n’est-elle pas un obstacle à l’ouverture dont rêve la jeune génération ?

Elle peut l’être si on ne sait pas faire la part des choses. Certaines de ces traditions ont aidé nos ancêtres à vivre dans un climat social très apaisé et peuvent également nous être profitables aujourd’hui. Celles qui peuvent constituer des obstacles à l’épanouissement de la jeunesse doivent être abolies à tout prix car voyez-vous, il faut qu’on avance au même rythme que les autres continents du monde. Tout n’est pas à jeter et tout n’est pas non plus à prendre. Cependant, permettez-moi d’insister sur le fait que certaines de ces traditions que nous ont léguées nos ancêtres sont à valoriser. Ceux qui sont chargés de légiférer dans nos pays ne devraient, à mon avis, avoir aucun complexe à se servir d’elles pour voter des lois conformes à nos réalités socioculturelles. « Toutes les vieilles calebasses ne sont pas bonnes à jeter car elles peuvent servir à ramasser les ordures et certaines choses gardées de côté peuvent un jour nous tirer d’embarras », dit-on.

  1. Le rôle des chasseurs dans la tradition sénoufo est-il différent de celui des milices d’aujourd’hui ?

Les chasseurs ont joué le même rôle dans toutes les sociétés traditionnelles de l’Afrique de l’ouest. Ils étaient des guérisseurs, des gardiens de la tradition, des personnes et des biens et également ceux qui emmenaient de la viande dans les familles. Ils se soumettaient tous à une discipline qui était propre à leur confrérie et inviolable car les maîtres et les fétiches se chargeaient de quiconque la transgressait. Ils jouissaient d’une très bonne réputation auprès des populations. Mais aujourd’hui avec les conflits qui éclatent un peu partout ce rôle à tendance à changer et à devenir beaucoup plus lucratif. Avec un fusil et quelques gris-gris, quiconque peut devenir donso du jour au lendemain et intégrer une de ces milices parfois tristement célèbres. Celles-ci s’adonnent parfois à de nombreuses exactions contre leurs propres frères pour se financer. Ce qui se voit aujourd’hui à longueur de journée n’est autre que les corolaires de l’instabilité qui règne dans toutes les régions. Oh guerre oh mœurs !

  1. Pourquoi le choix de l’univers sénoufo ?

Avant tout, je suis sénoufo et l’histoire de Sali se déroule dans ce milieu que je connais bien et dont je ne peux que parler, disons pour le moment. J’ignore le plus souvent de parler de choses que nous ne connaissions pas assez bien. En plus, je tiens à cet univers.

  1. Avez-vous des projets d’écriture en cours ?

Oui, je suis à mes débuts. J’ai de nombreux projets en cours. Pour moi, en plus d’être une passion, écrire est une médication. Ce métier m’a non seulement permis de mettre de la stabilité dans mon existence, mais lui a aussi donné un sens.

KANFO, Duniya kibaru.net

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