MODIBO B. TOURÉ, UN AUTRE REGARD SUR LE BOGOLAN

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Le bogolan, pur produit de chez nous, incarnant les valeurs culturelles du terroir, a longtemps été négligés au profit d’autres. Cependant, certains compatriotes et artisans, conscients des avantages qu’il renferme, se donnent corps et âme afin de le revaloriser pour le bien commun. Aussi, dans un souci d’apporter de la visibilité à leurs œuvres, et d’encourager leurs efforts, nous avons visité l’un d’entre eux, Modibo B. TOURÉ, et non des moindres, l’homme déterminé à « faire porter le bogolan à tous les Maliens ».

C’est au mois de mars 2020, dans son atelier, « Magic Art », qui confectionne le Bogolan, situé à Bamako-coura Bolibana, commune 3, au bord de la rivière Farako, à 100 mètres de son domicile, que nous avons rencontré Modibo TOURÉ. Crayon en main, sourire revigorant, langage humoristique, chemise décorée de signes symbolisant la santé, la richesse, et la longévité, tête couverte d’un bonnet sur lequel manquait seulement une corne de gibier pour qu’on dise « karamɔgɔba i dansoko » (Bonjour grand maître).


Pour replanter le décor au fond de l’atelier, d’un côté, des tissus étalés par terre, de l’autre, des pagnes suspendus à un œil panoramique. Près de la table, un seau rempli d’un liquide jaunâtre qui sert à tremper les pagnes. Modibo TOURÉ, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’est ni sortant de London College of Art ni un diplômé du Conservatoire Balla Fasseké. C’est à la maison avec son grand frère qu’il a appris les rudiments de ce métier avant de s’améliorer auprès d’autres professionnels. Malgré les difficultés afférentes à cette profession liées, dont la cherté des tissus en coton et la vision exotique des clients et prospects des articles en bogolan, Modibo se débrouille tout seul à satisfaire les commandes, même s’il reçoit, souvent, des apprentis lors des vacances scolaires. « Les articles en bogolan de Modibo Touré sont d’une qualité remarquable dû à leur manière de confection qui est faite avec une grande habileté. », confirme Adama SIDIBÉ, un client fidèle.
Souhaitant comprendre au fond, cette noble profession, on nous confia que la décoration semble être l’étape la plus difficile à cause de la variété des articles (portrait, rideau, pagne). L’argile est la base du travail en plus du « ngalama », un arbre tropical et, d’autres substances contenant du tanin. On bout les feuilles du ngalama ou on les laisse dans l’eau afin qu’il donne une décoction qui sert à faire le trempage qui est la première démarche du processus du métier de bogolan. C’est un travail mesquin et méticuleux. « Il faut être patient pour avoir un bon résultat dans ce travail » précise Modibo. Dans un carton à côté, se trouvent des ciseaux, cutters, pochoirs, craies, règles, et d’autres matériels qui servent à faire des articles en bogolan. De Bamako à Ouaga, d’Alexandrie à Paris, Modibo TOURÉ fait l’affaire de nombreux stylistes et universitaires. La lutte du jeune homme est de faire disparaitre les préjugés autour de nos vêtements traditionnels. C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’il s’intéresse à la coupure pour adapter les articles à la réalité du jour.
Tout pour l’art
Jeune artiste et auteur d’un roman (Sira ou Les divas de la capitale), Modibo Touré obtint, en 2005 le baccalauréat malien en série Sciences Biologiques (S.B.) au lycée Askia Mohamed de Bamako. Cette attestation lui a ouvert les portes de la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion (F.S.E.G.) où il a obtenu une maîtrise en 2009. Actuellement, Modibo B. TOURÉ enseigne l’économie et la comptabilité dans plusieurs lycées privés de Bamako.
Sa détermination témoigne de son ambition. Il ne badine pas avec son travail. Tout ce qu’il fait, c’est autour de ce métier « noble ». Pour lui, « Le bogolan est un métier de prédilection et de passion. » La diversité de ses créations est sans doute liée à sa fréquentation de nombreuses associations de promotion de l’écriture et de la culture : le club des lecteurs de l’institut français et le club des lecteurs de la jeunesse malienne en marche de la bibliothèque nationale du Mali qu’il préside. Il est également le secrétaire administratif de l’Union des Écrivains du Mali (U.E.M). Selon son ami Modibo I. KANFO, « Il a un grand penchant pour le savoir. Il est ouvert, non pas dans le sens du pédantisme, il aime donner des éclaircissements à son entourage. »
Pratiquant des arts martiaux avec un diplôme international en taekwondo, le trentenaire est conscient de l’énormité de son défi de faire du Mali l’ambassadeur du bogolan mondial. Mais il reste optimiste comme tous ces jeunes qui réfutent les discours défaitistes sur l’avenir de l’Afrique. Qu’il reçoive des encouragements et des récompenses ou non, il se dit engagé à une révolution stylistique permettant une autonomie vestimentaire du Mali et de l’Afrique.
En attendant que le métier fasse vivre son homme, Modibo vit son travail avec amour et détermination

Chaka KÉÏTA/Duniya kibaru.net

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