LE RAYON SOLAIRE DE LA SEMAINE OU LA LOGE DES EXCELLENTS : ENTRETIEN AVEC LE DOCTEUR MOUSSA BATHILY

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« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années », a-t-on coutume de dire. Certaines personnes s’illustrent au quotidien à travers la culture de l’excellence dont elles se sont fait une devise, un mode de vie. Bien que ce type de citoyen brille par leur rareté, nous avons pu rencontrer l’un d’eux, à une occasion très solennelle. En effet, il s’agit du désormais Dr. Moussa BATHILY et c’était à la soutenance de sa thèse de Doctorat, en présence d’un jury hautement qualifié, composé des professeurs émérites tels Ousmane Papa KANTÉ, rapporteur de séance, Bani TOURÉ, Président de la cérémonie et le directeur de thèse, le Professeur Georges Hady KÉITA, le Co-directeur, Professeur Youssoufou Hamadou DAOUDA du Niger ainsi que d’un examinateur, le Dr. Issoufou Soumaila MOULEYE. Le thème de cette thèse était ainsi libellé : « Dépenses publiques et croissance économique au Mali : une approche par le modèle ARDL ». L’impétrant, il faut le dire, en est sorti la tête haute, en obtenant la Mention très Honorable avec Félicitations du jury. Aussi, nous nous faisons ici le devoir de faire découvrir, au grand public, dans le strict cadre de promouvoir l’excellence, dans tous les domaines, à tous les niveaux, notamment, en milieu académique, le parcours aussi remarquable qu’exceptionnel de cet homme, afin d’en inspirer d’autres concitoyens et surtout les générations futures, pour le bien-être de la communauté.

De la biographie de l'homme

Moussa BATHILY est né en 1962 à Keniéba, marié et père de famille. Titulaire d’un BAC D, Spécialité science biologique, ce sortant de l’EHEP, a intégré très jeune la fonction publique en 1985, Major de sa promotion. Ce cadre chevronné qui est inspecteur des finances est de nos jours Régisseur Spécial à la Direction Financière et du Matériel au ministère de la défense et des Anciens Combattants. Notons qu’il a occupé de nombreux autres postes aussi prestigieux les uns que les autres dont notamment : Régisseur Spécial chargé du Suivi et de l’Exécution du Budget d’Opérations de 2012 à 2013, Régisseur Spécial Opération BADENKO, Compte MDAC PGA en 2012, Chargé de suivi des finances du dispositif sécuritaire des routes Goma-Coura-Lélé-Tombouctou-Bourem-Kidal en 2011, Président de la Commission finances du cinquantenaire en 2010, Régisseur Spécial Opération « Djiguitougou » encore en 2010, Régisseur Spécial 22 septembre 2005 dont les festivités ont lieu à Sikasso, Régisseur Spécial CAMFOOT(Coupe d’Afrique Militaire) en 2004, Chef de Bureau Engagements DAF MDAC de 1991 à 1998. En plus de ce parcours aussi excellent qu’élogieux, l’homme rompu aux rouages de l’administration est détenteur d’un DESS en Audit Comptable et Financier de la FSEG et d’un DEA en Analyse et Pratique de Développement de la même Faculté. Aujourd’hui Dr en économie et homme politique, Moussa BATHILY vit en ce moment à Bamako. Parlant de sa personnalité, ses encadreurs et proches l’ont toujours dépeint comme étant un homme réservé, discret, courtois, plein d’humilité et surtout pétri de courage. Entièrement dévoué à la tâche, Moussa BATHILY a toujours visé et privilégié l’excellence comme moyen pour gravir les échelons, menant à l’ascension sociale. Farouchement opposé à la complaisance dans la médiocrité et profondément imbu des notions de responsabilité, du sens du civisme, l’homme se présente aujourd’hui comme une source d’inspiration pour la nouvelle génération et notamment pour ses deux filles poursuivant leurs études académiques au Maroc. Homme de conviction, ce Dr en économie ne capitalise que sur le travail comme gage d’une vie meilleure et bien remplie. En tout cas, le fait qu’il soit presque plébiscité, dans son environnement professionnel, est imputable à sa modestie et son sens du respect dont il a toujours inondé son prochain. Studieux et intelligent, l’homme de vision, Moussa BATHILY, ayant horreur du vide, nourrit déjà plusieurs ambitions aussi louables les unes que les autres.
Au regard de toutes ces confessions et témoignages recueillies autour de lui, il ne serait aucunement exagéré d’affirmer que cet infatigable combattant, qui est Moussa BATHILY, ne compte pas s’arrêter à si bon chemin.
De l’entretien exclusif
Pouvez-vous nous ressasser le plus succinctement possible votre parcours assez exceptionnel ?
En fait, je suis titulaire d’un BAC série D, du lycée Dougoukolo KONARÉ de Kayes, que j’ai passé avec succès. Durant mon cursus, scolaire et universitaire, je n’ai jamais redoublé de classe. Après mon BAC, je fus orienté à l’EHEP (École des Hautes Écoles Pratiques) avec étonnement car avec mes brillants résultats obtenus, je ne m’attendais pas à une orientation dans une école professionnelle mais plutôt dans un cycle long. Cependant, étant issu d’une famille modeste, je n’avais pas le choix et j’ai dû me résigner à accepter cette option. Aux termes de mes deux ans d’étude dans cette structure de formation, je me suis présenté à la fonction publique où j’ai passé major de ma promotion. M’apprêtant à prendre fonction, les plus hautes autorités du pays ont décidé que je fasse le service militaire. C’est ainsi qu’avec les évènements du Burkina, j’y passa deux ans et fus de la première promotion du service national du jeune. Élève studieux et détenteur du BAC D, l’ambition de poursuivre mes études pour devenir cadre supérieur de ce pays me submergea entièrement. Cette idée me conduisit à m’inscrire et à commencer en première année science économique à toujours motivé par la passion de l’ascension, j’ai fait un test en DEA, après quoi, le professeur Georges Hady KÉITA qui m’a encadré et les autres encadreurs m’ont confessé que mon niveau me permettait d’aller à la thèse. Renforcé par les encouragements de mes professeurs et encadreurs en qui je croyais, je m’y suis lancé en 2016 et mes dossiers ont été retenus à l’ISFRA devenu l’IPU pour la thèse de doctorat. Chemin faisant j’ai demandé la mise en congé de formation pour m’atteler à la recherche afin de mériter la connaissance.
Pouvez-vous nous expliquer en quelques lignes le thème de votre thèse et l’objectif recherché à travers ce choix ?
Le rôle de l’Etat dans l’économie a toujours été un débat entre l’école dite classique et celle dite Keynésienne. Cependant aucune de ces écoles ne parle de suppression du rôle de l’Etat au sein de l’économie. Il en est de même quand il s’agit du rôle des dépenses publiques surtout quand il s’agit du décollage économique d’un État. Les pays en développement s’attendent à ce que ces dépenses publiques aient un effet sur leur développement économique. L’objectif de cette thèse est de mesurer l’effet des composantes des dépenses publiques (de santé, de sécurité, d’éducation et agricole) sur la croissance économique malienne de 1980 à 2018. A l’aide de la méthode ARDL, cette recherche met en évidence l’effet des dépenses publiques à court et à long terme dans l’économie globale mais aussi dans les secteurs d’activités de l’économie (secteurs agricole, industriels et des services). Les résultats obtenus montrent dans une dynamique de court terme un effet positif des dépenses publiques agricole et de santé sur la croissance économique globale et sectorielle. Les dépenses publiques militaires ont un effet positif sur l’économie globale puis sur les secteurs agricoles et des services mais négatif sur le secteur industriel. Toujours dans cette dynamique de court terme, les dépenses publiques d’éducation ont un effet négatif et significatif sur la croissance économique globale et sur les autres secteurs de l’économie malienne.
Dans l’analyse dynamique de long terme, les dépenses publiques d’éducation restent avec une contribution négative et significative sur la croissance économique globale et sectorielle. Les dépenses publiques agricole ont un effet positif sur l’économie malienne, celles de la santé quant à elles contribuent positivement à la croissance économique globale et aux secteurs agricoles et des services mais négativement à la croissance industrielle. Concernant les dépenses publiques militaires, elles contribuent négativement et significativement sur le secteur industriel et de façon positive mais statistiquement pas significative sur les autres secteurs.
Au regard de ces résultats, il est souhaitable que l’Etat fasse de ses dépenses publiques (santé, militaire, agricole et d’éducation) des investissements lourds de long terme dans la sécurité dans l’éducation et dans la santé. Cela nous semble être une condition pour que les dépenses publiques puissent avoir un effet positif et significatif sur l’économie malienne.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées au cours de ces travaux de recherches ?
Les difficultés sont immenses dans un pays sous développé comme le Mali. Il faut reconnaitre que l’avènement des facultés étant récent, le problème de ressources humaines, d’encadrement et donc de formation s’imposait. Par ailleurs, hormis les professeurs tels Georges Hady KÉITA et Ousmane PAPA KANTÉ il fallait être professeur de rang A pour encadrer. En outre, être docteur en économie de notre génération, en notre temps, c’était rare. Ce n’est que récemment que l’IPU a commencé à intégrer les formations pour économistes. Un évènement unique car avant ce n’était que les sciences sociales. Autrement, il fallait trouver les voies et moyens pour l’extérieur à savoir le financement ou disposer d’un budget parce que c’est en cela que réside l’une des contraintes majeures du doctorat : être financé. À ces obstacles, s’ajoute le problème de spécialistes en la matière.
Que pensez-vous des cadres qui se refusent au recyclage et se contentent de leur diplôme d’intégration à la fonction publique jusqu’à la fin de leur carrière ?
C’est une situation que je ne cautionne pas vraiment. Sous Moussa TRAORÉ, les fonctionnaires de l’administration avaient la faculté de dispenser les cours dans les grandes écoles. À titre d’illustrations, j’ai eu l’immense privilège que Naman KÉITA, m’ait dispensé les cours à l’EHEP et un autre responsable des impôts me donnait les cours de fiscalité. C’était un moyen pour motiver les professionnels en leur permettant d’allier la théorie à la pratique. Dans ces conditions, les gens ne se limitaient pas à l’administration du fait qu’ils ont des compétences qu’ils peuvent faire valoir dans les structures d’enseignement supérieur. Mais depuis l’avènement de la hiérarchisation au sein de nos administrations, il est difficile pour les professionnels d’avoir des heures consacrées à enseigner. Or cela améliore la qualité de l’enseignement. En tant qu’inspecteur des finances j’aimerais me voir attribuer quelques heures à dispenser aux enfants. Cela peut rehausser la qualité de l’enseignement et même lutter efficacement contre certaines pratiques telles que le phénomène des notes sexuellement transmissibles qui minent nos universités car nous serons en face de nos enfants ou petits-enfants qui pourront s’inspirer de nous.
Pensez-vous qu’un fonctionnaire non recyclé pourrait représenter un danger pour son administration ?
Cela dépend car il se trouve des administrations pour lesquelles il y a obligation de résultat comme le domaine du budget, de la gestion. Notons que le savoir issu de la science n’est pas statique mais plutôt dynamique, le contexte des situations évolue rapidement et donc le défaut de recyclage, même si, ce n’est pas un danger en soi, cela pourrait impacter négativement l’efficacité de l’administrateur en manque de recyclage.
Maintenant que vous avez le grade de docteur en économie, quels sont vos projets d’avenir à court et long terme ?
Mes projets consisteront à mettre le savoir acquis à la disposition de nos enfants, de la postérité. Mes projets s’articulent autour de deux grands points : J’envisage à titre privé et personnel, à court et à long terme, avoir un cabinet d’étude et distiller le savoir pour encourager, conseiller nos enfants à l’université et leur inculquer les rudiments des techniques d’enseignement supérieur pour sortir ce pays de l’ornière. Par ailleurs, au niveau de l’administration publique, vous savez quand on se hisse à un certain niveau supérieur dans nos pays, on pourrait déranger du fait que la plupart des cadres sont limités à la maitrise. Cela serait de nature à susciter quelques problèmes interprofessionnels dans un même service. Aussi, palier aux difficultés de ce genre, reviendra à envisager le changement de corps et virer vers l’enseignement supérieur quand on a la chance de pouvoir effectuer des recherches en tant que docteur.
Quels messages avez-vous à l’endroit de la jeunesse et de la nation ?
À la jeunesse de façon particulière et à la nation en général, nous dirons aux enfants de bien se former et mériter leur diplôme en restant longtemps dans les structures universitaires. L’objectif visé est de les soustraire du chômage par l’entremise d’une meilleure formation. Nous sommes dans un monde en proie à la concurrence et nous l’avons dit dans le document que l’éducation n’était pas de qualité. Quant à la nation, nous demandons d’investir davantage dans l’éducation, encourager les formations pour que le produit fini soit de qualité afin de servir dans tous les secteurs de l’économie car cela contribuera assurément à améliorer les conditions de vie de nos concitoyens. C’est le lieu pour moi de remercier Dieu le Tout-Puissant pour son omniprésence dans ma vie, ma famille pour l’assistance totale, mes encadreurs pour leur professionnalisme et dévouement sans faille, les Honorables membres du jury pour leur rigueur et encouragements, mes amis et collègues pour le soutien indéfectible. Vivement pour le retour de la paix et la concorde dans notre pays à qui je témoigne ici toute ma gratitude pour service rendu.
Entretien réalisé par Souleymane KONATÉ/Duniya kibaru.net/ Groupe Zénith Communication

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