CULTURE À L’HONNEUR : CHAKA KEITA DIT LAWALÉ EXPOSE, AVEC BRIO, MEURTRE SOUS LE PONT DES INDIGENTS, LE TOUT NOUVEAU BÉBÉ DE MOHAMED DIARRA.

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Le samedi 07 décembre 2019 s’est tenue, comme à l’accoutumée, dans la salle de médiathèque de l’institut français du Mali, en présence des amoureux de la lecture venus des deux rives de la ville des trois caïmans et de l’auteur lui-même, une rencontre extraordinaire au tour de Meurtre sous le pont des indigents, un roman de Mohamed DIARRA, exposé par Chaka KEITA.

Dévoué pour la culture de l’excellence, voire la promotion des œuvres et des auteurs maliens ainsi qu’étrangers, les membres du Club des lecteurs de l’institut français du Mali se retrouvent tous les samedis à 15h dans la salle de médiathèque dudit institut autour d’un ouvrage, parfois en présence de son auteur, dans le cadre d’un exposé, présenté par l’un des membres du même Club, et cela depuis des années. C’est ainsi que le samedi dernier, à la même heure, Mohamed DIARRA, depuis longtemps dans le collimateur du Club, était son invité à l’occasion de son ouvrage : Meurtre sous le pont des indigents, présenté par Chaka KEITA, étudiant en première année de l’École Supérieure de Journalisme et des Sciences de la Communication.
Rappelons que Mohamed DIARRA, originaire de Sikasso, est maître assistant à l’IUT (Institut Universitaire de Technologie) à l’ULSHB (Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako). Considéré par bon nombres de ses lecteurs comme l’héritier direct de feu Moussa KONATÉ, pour sa prédilection en faveur du polar, autrement dit le roman policier, il est l’auteur de plusieurs écrits dont : le Mystère du tournant ; Hassane, le fils naturel ; la Fille adoptive de Chérif ; Terre d’espérance ; et enfin, Meurtre sous le pont des indigents, publié en 2019 chez l’Harmattan.
Remportant le prix du meilleur manuscrit de la rentrée littéraire du Mali en 2015, Meurtre sous le pont des indigents est, selon M. KEITA, l’exposant de ce jour, un roman de 96 pages, reparti en 18 chapitres avec des intrigues qui laissent le lecteur sur sa faim. Écrit à la mémoire de Ramata DIARRA, la petite albinos assassinée à Fana le 13 mai 2018, dans cet ouvrage, il serait question de deux crimes commis sur deux personnages hétérogènes unis par un même dénominateur : la misère. Comme pour dire que dans nos sociétés respectives, les faibles sont exposés à toutes sortes de souffrance sans précédent. Se fiant à la trame du récit, selon le présentateur, ces crimes sont, sous la consigne des marabouts, l’œuvre des politiciens, prêts à tout pour accéder au pouvoir. Ce qui revient à signifier, loin de mêler la fiction à la réalité, qu’en Afrique le pouvoir ne s’acquiert, toujours, pas honnêtement. D’où l’aspect satirique de l’ouvrage.
Sachant bien que, abordant les tares de notre société, l’auteur préfère le lexique évocateur que dénonciateur, il faut cependant suggérer que dans cet ouvrage, loin de faire leur procès, il présente, dans un style simple et accessible à tous, certaines pratiques néfastes de nos cultures comme pour répondre à ce dilemme selon lequel chaque société à ses qualités et ses défauts.
Puisant sa sève dans le milieu bamanan, Meurtre sous le pont des indigents est émaillé de thèmes tant riches qu’interpellants qui sont entre autres : le rôle des médias dans l’éradication des crimes, la citoyenneté active ou le rôle de la société civile dans la vie de tous les jours, la violence conjugale qui n’est pas que masculine, la criminalité ou le sacrifice humain ou crimes rituels, la polygamie, le maraboutage ou la charlatanerie. Chacun de ces thèmes, s’appuyant sur nos vécus quotidiens, est encore d’actualité et semble être un frein à notre épanouissement. Par ailleurs, se réfugiant dans l’ombre de ses personnages, Mohamed DIARRA reste fidèle à la mission salvatrice de l’artiste qui consiste à « montrer du doigt une parcelle du monde ».
Interrogé par Ibrahim BAGAYAKO, le modérateur de ladite rencontre, à la question de savoir si l’exposant du jour est resté fidèle à ses idées, notre invité à l’honneur, pris dans une euphorie irrésistible, se dit comblé et fier du travail abattu en ces termes : « Ce soir, j’ai appris des choses auxquelles je n’avais jamais pensé quand j’écrivais. ». S’agissant de l’auteur puisque c’est de lui qu’il s’agit, modeste et surtout dévoué pour la cause du savoir, il faut signaler qu’il a toujours été aux côtés des jeunes qui sont l’objet de toute sorte de critique de la part de leurs aînés mais qui, de surcroît, le plus souvent, sont abandonnés à leur sort. « Je réaffirme ma disponibilité et mon accompagnement total aux jeunes qui veulent écrire. », concéda Mohamed DIARRA, lors d’une interview accordée à l’hebdomadaire d’informations générales Mali Aujourd’hui.
Pour donner à son exposé une coloration littéraire, M. KEITA a émerveillé le public par des démonstrations aussi simples que pertinentes. Selon lui, sous forme d’épisodes, chaque histoire du récit est un chapitre et comme une chaîne, ceux-ci sont liés les uns aux autres. Renchérissant, malgré qu’il aborde des questions sensibles, l’auteur préfère ne pas se prononcer mais plutôt laisser le soin à ses lecteurs comme pour dire : à lui d’écrire et aux autres d’apprécier. Parlant de la couverture de l’ouvrage, notre exposant s’exprime en ces termes : « Nous voyons un pont au-dessous, une ombre effrayante, qui peint tous les mauvais actes qui pourraient et qui se produisent à longueur de journée. Également, nous voyons le sang coulé de cette ombre qui montre la discrétion. ». À le croire, la couleur bleue sur la couverture indique l’espoir malgré les crimes perpétrés dans le roman. Ce qui revient à dire que l’auteur reste optimiste pour l’avenir.
Conscient que « ce n’est jamais fini », Chaka KEITA, avant de laisser tomber le rideau sur sa présentation partagea avec le public ce conseil de l’auteur à l’endroit de la jeune génération : « Pas de recette miraculeuse en termes d’écriture. Il faut juste s’y mettre. Il faut beaucoup lire et l’écriture c’est la passion. ». L’auteur, pour finir, le connaissant pour sa prédilection pour le roman policier, Ousmane DIARRA, écrivain malien et bibliothécaire à l’institut français du Mali, lui dit ceci : « Si vous y mettez, vous serrez le second Moussa KONATÉ. »
Comme le dit dans un adage toute chose qui commence bien se termine bien. Ainsi prend fin notre voyage, non sans interpeler chacun, à la lecture de cet ouvrage qui peint les réalités les plus cruciales de chez nous. En tout cas, par des interactions de part et d’autre, la rencontre fut un franc succès. Nous osons espérer, pour une fois, que nos hommes politiques, passionnés pour la cause du folklore plutôt que par celle du savoir acquis dans les livres, feront le rang devant nos librairies pour s’approprier un exemplaire de ce livre accusateur au terme de la lecture duquel, ils sauront que toutes les vies humaines se valent afin que nos albinos puissent, enfin, souffler.
Souleymane DIALLO

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