À PROPOS DU GRAND DIALOGUE NATIONAL INCLUSIF, SOUMANA SACKO, EX-PREMIER MINISTRE DÉCLARE : « C’EST TOUT SIMPLEMENT DE LA POUDRE AUX YEUX…, LE GOUVERNEMENT VOULAIT EN FAIRE UNE OCCASION POUR AVALISER LE PROJET DE RÉFORME CONSTITUTIONNELLE QUI EST EN FAIT CONCOCTÉ PAR DES NOSTALGIQUES DE L’ORDRE SOCIO-POLITIQUE COLONIAL… ».

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Décidément, rien n’aura entravé la tenue du grand dialogue national inclusif de Bamako dont la cérémonie d’ouverture a eu lieu ce samedi 14 décembre 2019 au palais de la culture Amadou Hampâté Bâ. C’était en présence de près de trois mille personnes. Cependant, à cette rencontre, il faut noter deux évènements majeurs, à savoir, d’une part, la présence des ex- rebelles du MNLA et d’autre part l’opposition qui, dans sa quasi- totalité, a brillé par son absence.

Après la tenue du dialogue régional, c’est au tour de celui surnommé le grand dialogue de Bamako dont les travaux ont débuté ce dimanche 15 décembre et s’étendront sur une semaine. À la demande de l’opposition depuis novembre 2018, l’organisation du dialogue national inclusif aura été diligentée par le Président de la république et son gouvernement.
Décrié pour ses conditions d’organisation, le dialogue aura, dès les premiers instants, été boudé par l’opposition qui a toujours soutenu que celui-ci est caporalisé, voire biaisé par ses organisateurs. Depuis, l’opposition campe sur sa position face à un dialogue qu’elle juge manqué de sincérité malgré les assauts répétés du pouvoir pour infléchir toutes les réticences à la participation de cet évènement.
Pour l’opposition, le pouvoir, par l’entremise de ce dialogue, dissimule bien des desseins inavoués. Autrement dit, elle justifie donc son refus par la méfiance à l’égard des nombreux pièges que semble camoufler nos autorités à travers ces concertations dites inclusives et nationales. Ainsi, pour Soumaila Cissé, chef de file de l’opposition, qui, à propos de ce dialogue, parle d’une mise en scène.
Quant à l’ancien premier ministre Soumana Sacko, autre fervent opposant au dialogue, il a exprimé son désaccord à ces débats dits inter-maliens, sur les ondes de la Radio France Internationale, en ces termes : «Pour nous, c’est tout simplement de la poudre aux yeux, nous avons été les premiers à recommander dès le mois de novembre 2018 que se tienne ce dialogue politique spécial inclusif. On a fait le communiqué mais ensuite, nous nous sommes rendu compte que le gouvernement voulait en faire tout simplement une occasion pour essayer de légitimer ex- post l’accord anti- national d’Alger, c’est l’accord que nous avons condamné parce que c’est la partition du Mali, et, pour avaliser le projet de réforme constitutionnelle qui est en fait concocté par des nostalgiques de l’ordre socio- politique colonial ; et nous avons dit dès le mois de juillet que nous n’y participerons pas ; et nous avons tenu parole parce que nous respectons le peuple malien et nous défendons les intérêts de ce peuple malien ; et nous sommes pour l’intégrité territoriale, le renforcement de la démocratie mais pas un retour, disons, pour un régime colonial. ».
Notons que si les principaux partis de l’opposition ont décliné l’invitation, il y a cependant une présence qui a marqué les esprits, celle des ex- rebelles du MNLA, qui ont toutefois déclaré avoir obtenu de fortes garanties, condition de leur participation, et lesquelles sont relatives au fait qu’au cours des débats, il ne sera pas fait allusion aux accords d’Alger. Une situation qui provoque bien des grincements de dents au sein de l’opinion qui a toujours dénoncé ces dits accords. Par ailleurs, le fait de ne pas toucher aux accords d’Alger à l’occasion de ce dialogue, suscite, d’une part, l’incompréhension générale et d’autre part, cela renforce le sentiment de trahison de la part des dirigeants maliens.
De quoi méditer les propos de ceux qui pensent que, de ce dialogue, il ne résultera aucunement les effets escomptés. En d’autres termes, le citoyen lambda malien ne devra pas s’attendre à des solutions miracles susceptibles de juguler la crise actuelle.
Ce dialogue, si l’on en croit ses détracteurs, n’aura été qu’une vaste machination pour saper les apparences à travers un gros tas de baratins ou encore un simple verbiage.
Dire qu’en la circonstance, l’initiative de se parler pour évoquer les problèmes cruciaux des maliens était pourtant belle. Mais vu la façon dont évolue le dialogue, sans ses véritables initiateurs, point n’est besoin d’être charlatan pour deviner aisément que la montagne accouchera d’une souris ?
Souleymane KONATÉ

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