CRISE INSTITUTIONNELLE AU MALI : LA CEDEAO MARCHERAIT-ELLE CONTRE LES INTÉRÊTS DU PEUPLE MALIEN ?

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CONTRE LES INTÉRÊTS DU PEUPLE MALIEN ?
Depuis la crise institutionnelle qui frappe le Mali, la CEDEAO est à sa deuxième visio-conférence, relative aux sanctions prises par elle-même, à l’encontre de ce pays. Cependant, aucune de ces rencontres virtuelles, entre les chefs d’État de cette institution, ne s’est prononcée en faveur d’un éventuel allègement desdites sanctions. Bien au contraire, le ton de la CEDEAO, envers la junte au pouvoir, semble monter d’un cran, sous la forme d’un ultimatum et suscitant l’incompréhension générale au sein des populations maliennes.

Après la démission du chef de l’État, Ibrahim Boubacar KÉITA, considérée comme un coup de force, de la part de ses partenaires, le Mali subit toujours les sanctions de la CEDEAO.
Depuis lors, la junte au pouvoir ne cesse de multiplier les initiatives afin de soustraire le pays du collimateur de l’institution sous régionale. Pourtant, tous les efforts entrepris dans ce sens, à savoir la libération de l’ex-chef de l’État et son autorisation pour des soins à l’étranger, fort apprécié pourtant, semblent pour le moment restés vains.
En effet, la dernière visio-conférence, des chefs d’État ouest-africains, relative à la situation des sanctions dans notre pays, n’a pas tranché favorablement en sa faveur, malgré les attentes des maliens. La montagne a donc accouché d’une souris. Pire encore, la CEDEAO, comme pour enfoncer le clou, a lancé un ultimatum qui semble indirectement interférer dans les affaires inter-maliennes. Il s’agit, bien entendu, du fait d’avoir exigé de la junte au pouvoir, de désigner un Président et un Premier Ministre qui soient civils. Puis, d’avoir réitéré son exigence de voir organiser des élections, libres et transparentes, dans un délai de moins de douze mois maintenant.

Cette attitude de la CEDEAO, qui, a suscité l’incompréhension générale, au sein des populations, a provoqué par la même occasion, de vives hostilités de part et d’autre, à l’encontre de cette institution. Aussi, on pourrait s’interroger si ces Chefs d’État sont suffisamment imprégnés des réalités sociopolitiques qui ont engendré la crise malienne actuelle. Il faut dire que depuis le renversement du régime d’IBK, par la volonté populaire, les maliens entreprennent des démarches pour se sortir de ce labyrinthe dans lequel se trouve le pays actuellement. Toutefois, au regard de la dimension du chantier, qui se veut colossal, auquel se trouvent confrontés militaires, politiques, société civile et de la complexité des difficultés qui caractérisent cette crise malienne multisectorielle, force est de se donner le temps nécessaire et avancer précautionneusement.

Autrement, les véritables préoccupations des populations risquent fort d’être survolées et nous ramener certainement dans les mêmes travers plus tard. En effet, la désignation d’un Président et d’un Premier Ministre, fussent-ils civils ou militaires, requiert des consultations aussi larges qu’approfondies de toutes les composantes de la société malienne. Évidemment, ces deux personnalités doivent faire l’objet d’un véritable consensus, au plan national, pour acquérir toute la légitimité nécessaire à leur mission. C’est d’ailleurs, aussi, à propos que des concertations nationales sont déjà engagées.

Cependant, le rythme, auquel les maliens souhaitent avancer et qui s’avère nécessaire pour quitter définitivement cette impasse, est en déphasage flagrant avec les exigences de la CEDEAO, qui semblent, en toute logique, inapplicables dans l’ensemble. Pour cause, rappelons que le lien, entre le coup d’État de 2012, avec la résolution de la crise engendrée à l’époque, sous la houlette de la CEDEAO et le chaos actuel, qui s’en est suivi, est très édifiant.

S’il est vrai qu’on ne change pas une équipe gagnante, force est de reconnaitre que les panacées de cette institution sous régionale ont, bien des fois, causé des indigestions chroniques à leurs patients.
Par ailleurs, serait-il exagéré de dire que cette position de la CEDEAO, qui, se refuse à toute concession, au profit des populations, est assimilable à une vengeance voilée contre la junte militaire pour avoir déposé l’ancien Chef d’État ?

Notons que cette attitude, des chefs d’État de cette organisation ouest-africaine, qui consiste à sanctionner sans réserve, les cas d’intervention militaire, a fait dire à bon nombre d’analystes politiques que le temps est venu pour la CEDEAO de privilégier les intérêts des peuples, en toute circonstances, et non exclusivement ceux des dirigeants.

Ce sera donc aux militaires, aux politiques ainsi qu’à toute la société civile malienne, appuyés par les populations, de prendre leurs responsabilités et surtout de se montrer méfiants à l’égard de toute solution hâtive dans la résolution de cette crise. Cela pourrait à la longue nous être préjudiciable.

Nous sommes certes face à un dilemme mais de deux maux, ne dit-on pas qu’il faut choisir le moindre mal ? En effet, il serait préférable d’endurer les souffrances issues des sanctions passagères de la CEDEAO, pour mieux rebâtir le pays, plutôt que de souscrire à des raccourcis, en guise de solution, pour sombrer à nouveau dans le cycle infernal des coups d’État qui nous font toujours régresser.

Souleymane KONATÉ/Duniya kibaru. net

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