DIALOGUE NATIONAL INCLUSIF : UNE BELLE INITIATIVE QUI MANQUE DE SINCÉRITÉ

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Le dialogue national inclusif, enclenché depuis par le régime d’IBK, continue son petit bonhomme de chemin bon gré mal gré. Initié pour permettre aux maliens de, tous, se retrouver et discuter franchement, le dialogue a tôt fait de dévoiler au grand jour ses failles. En effet, de nombreux dysfonctionnements relevés  de part et d’autre le discréditent déjà et divisent les compatriotes.

Le dialogue national inclusif ou encore dialogue politique inclusif, continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive parmi les maliens. Organisé, dit-on,  pour regrouper les maliens autour d’une table afin de jeter les bases d’un dialogue franc inter-maliens sur les questions cruciales de la nation, cette initiative, loin de faire l’unanimité, se présente aujourd’hui comme la pomme de discorde au sein de la classe politique malienne et même de la société civile.

Les raisons des dissensions profondes causées par ledit dialogue sont assez évidentes. En plus, le fossé semble davantage se creuser entre ceux qui sont censés formés, plus que jamais, l’union sacrée autour de la mère patrie agonisante. Il faut noter qu’un dialogue dit national et de surcroit inclusif devrait regrouper toutes les sensibilités du pays jusqu’aux hameaux les plus reculés et couvrir par ailleurs l’étendue du territoire national. Nous sommes pourtant bien loin du compte, à en juger par les réalités actuelles. Pour la tenue de ce dialogue, le régime s’est montré très sélectif dans ses invitations en ce sens que certains partis politiques ainsi que des regroupements de la société civile ont été expressément appelés tandis que d’autres ont été marginalisés, voire exclus.

Elles sont nombreuses ces formations politiques reléguées dans les oubliettes par les initiateurs et organisateurs de ces assises dites nationales. Il est de notoriété publique que l’existence de ce dialogue est le plus souvent ignorée des populations  lorsque l’on s’enfonce dans les campagnes les plus reculées du pays. Les doléances, du citoyen lambda des hameaux, ne seront donc, dans ce cas, jamais entendues.

Dans ces conditions, l’utilisation du vocable  « inclusif » pour désigner ces consultations engagées, n’est pas appropriée. Par conséquent, ce dialogue dont les laudateurs les plus zélés du régime et autres courtisans inconditionnels parlent et vantent les mérites,  ne saurait avoir la prétention de réunir tous les maliens autour d’une table, encore moins de s’imprégner de leurs préoccupations les plus essentielles pour le pays.

Quoiqu’on dise, nous sommes en plein dans l’exclusivité, l’amateurisme et le tout couronné par la mauvaise foi ambiante en ce qui concerne ces soi-disant consultations populaires. Il est clairement établi que même si le besoin de se parler s’imposait en ce moment entre maliens, cela devait se manifester par un acte délibéré, voire spontané du peuple lui-même et non déterminé ou motivé par le paiement préalable de per diem ou d’envoi d’invitations à quelques maliens. C’était aux fils et filles du Mali de déterminer les conditions de leurs concertations, d’en délimiter les contours et de décider des termes de références à aborder. Que peut-on attendre d’un dialogue dit national et de surcroit inclusif lorsque celui-ci est diligenté par la volonté d’une minorité qui, de toute évidence, fixe les règles du jeu ? Il ne serait toutefois pas imprudent d’accréditer l’attitude circonspecte de tous ces maliens quant à la sincérité de ce simulacre de dialogue qui camouffle mal les desseins inavoués de ses initiateurs.

Evidemment, un politicien malien et non des moindres déclarait que ces assises demandées avec insistance par le pouvoir n’étaient qu’une forme voilée pour réviser la constitution dont la première tentative avortée avait presqu’entrainé le soulèvement populaire. Bon nombre d’observateurs, issus aussi bien de regroupements de la société civile que de formation politique,  pensent aujourd’hui que le pouvoir dialogue avec lui-même. En effet, au regard de de ce qu’il se passe sur le terrain, ce point de vue a une part de logique dans la mesure où, lors des plénières, il est donné d’assister au scénario dans lequel les représentants du régime surclasse de très loin ceux de l’opposition. Ce défaut criard de parité lors du vote des décisions arrêtées,  enlève toute sa crédibilité et sa légitimité aux conclusions qui seront issues des discussions.

D’où la réticence ou le refus catégorique de certains de participer à ces assises inter-maliennes, justifiant leur position par le fait qu’ils ne souhaitent pas légitimer par leur seule présence une situation qui n’est que l’émanation d’une minorité. Autrement dit, le film est joué d’avance par les acteurs principaux et tous les autres ne sont que des figurants d’une scène magistralement orchestrée par des scénaristes de génie en la matière. En tout cas, les griefs contre le dialogue sont légions mais il continue malgré tout son chemin dans une démarche dandinante en passant par les assises régionales et celles du district, avec son cortège de courtisans,  comme pour dire : « Le chien aboie la caravane passe ». Quoi qu’il advienne, le peuple malien sera très regardant en ce qui concerne l’application des décisions qui seront issues de ce qu’on a osé appeler dialogue politique inclusif.

Souleymane KONATÉ

                                                                                            

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