LES RÉACTIONS DES PRINCIPAUX PARTIS D’OPPOSITION EN COTE D’IVOIRE SUITE À L’ÉMISSION DU MANDAT D’ARRÊT INTERNATIONAL À L’ENCONTRE DE GUILLAUME SORO

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Le mandat d’arrêt international, émis contre SORO Kibafori Guillaume, suivi de l’arrestation de quinze de ses proches, lundi dernier, par les autorités ivoiriennes, alors qu’il rentrait d’une tournée, après six mois d’absence, a suscité de nombreuses réactions, notamment, au sein des principaux partis d’opposition de son pays.

L’affaire du mandat d’arrêt international, émis contre SORO Guillaume, ancien président de l’Assemblée Nationale de côte d’Ivoire (2012-2019), suivi de l’arrestation de quinze de ses membres dont cinq députés qui, loin de laisser indifférent, a plutôt provoqué de vives réactions. En effet, c’est notamment l’opposition ivoirienne à travers le groupe parlementaire du Front Populaire Ivoirien (FPI), formation politique de l’ancien Président Laurent Gbagbo, et le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire, Rassemblement Démocratique Africain (PDCI-RDA) qui ont exprimé leur indignation.
Ces deux principaux partis d’opposition ont marqué leur incompréhension quant à l’arrestation des députés du mouvement de Guillaume SORO dont son bras droit Alain Lobognon. Pour le FPI et le PDCI-RDA, ces élus de la nation ont été arrêtés au mépris flagrant de toutes les procédures devant précéder leur arrestation. En d’autres termes, il n’a pas été tenu compte de leur immunité parlementaire. Pire, les députés en question sont en ce moment incarcérés à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA).
Au regard de la situation, ces partis historiques de l’opposition, en l’occurrence le PDCI – RDA et le FPI sont tout de suite montés au créneau pour fustiger ce qu’ils qualifient de dérives graves à la démocratie en Côte d’Ivoire. Ce qui est de surcroit surprenant, c’est le fait que rien n’ait été encore entrepris pour la levée de leur immunité parlementaire. C’est, sans doute, ce qu’a fait dire au PDCI-RDA que cette action du pouvoir n’a pour ultime but que d’exclure un poids lourd de la scène politique.
Par ailleurs, de nombreux observateurs et analystes ont également marqué leur incompréhension quant à l’émission de ce mandat d’arrêt à l’encontre de Guillaume SORO Kibafori. Selon eux, il y aurait une concomitance avérée entre l’émission du mandat contre lui et l’atterrissage du jet privé qui le transportait. Tout porte à croire qu’il s’agissait là d’une volonté manifeste d’empêcher l’homme d’atterrir dans son pays où d’ailleurs il y avait, à cet effet, une mobilisation folle prévue à son accueil.
Il faut noter que, auparavant, aucune décision n’interdisait à l’ancien Président de l’Assemblée Nationale d’atterrir en Côte d’Ivoire et que c’est au moment de l’atterrissage que l’émission dudit mandat d’arrêt lui a été signifiée. D’où le changement de destination vers le Ghana voisin.
En tout cas, pour le Procureur Richard ADOU, si cette affaire de mandat d’arrêt contre Guillaume SORO est motivée par des raisons d’atteinte à l’autorité de l’État de côte d’Ivoire et aussi par le fait de malversations financières, estimées à 1.5 milliards de francs CFA, ses partisans eux, dénoncent une véritable cabale contre leur mentor. En effet, ils sont nombreux à penser au sein du GPS (Générations et Peuples Solidaires), qui est le mouvement politique de l’ex – Président de l’Assemblée Nationale, que ce ne sont là que des manœuvres subversives visant à l’empêcher de briguer la magistrature suprême de son pays.
Il est vrai que Guillaume SORO avait clairement affiché ses ambitions présidentielles pour les échéances à venir, précisément en 2020. On se rappelle que l’intéressé avait déclaré qu’il abandonnait le tabouret pour le fauteuil ; en faisant allusion à sa démission du siège de la présidence de l’Assemblée Nationale pour la course au fauteuil présidentiel.
De toute évidence, le très sulfureux politicien de quarante-sept ans a toutes les raisons de se faire craindre par ses adversaires politiques. Homme de poigne, teigneux, audacieux, animal politique, SORO Guillaume a été à la vieille école politicienne pour avoir longtemps côtoyé l’ex- Président Laurent GBAGBO.
Par ces évènements, le divorce semble consommé entre l’actuel Président Alassane Dramane Ouattara et celui qui fut, par le temps, son plus fidèle allié. Les autorités ivoiriennes joueront plus, certes, la carte de la tentative de déstabilisation ou atteinte à la sureté de l’État. Mais à ce sujet, de là où il se trouve, SORO Guillaume a déjà répliqué en faisant savoir à l’opinion que la seule déstabilisation qu’il reconnait et par rapport à laquelle il demande pardon aux ivoiriens, est celle de 2002 pour le compte de Alassane Ouattara. C’est dire que la partie est loin d’être jouée et qu’il va falloir batailler dur pour qui veut l’emporter. Et ce combat de titans, mettant aux prises deux gros éléphants, sera surtout d’ordre communicationnel.
En tout cas, ce cadeau de Noël que le pouvoir en place a tenté de s’offrir, en émettant ce mandat d’arrêt international contre un maillon incontournable de la scène politique ivoirienne, n’est pas gagné d’avance. Il est, cependant, à craindre par-dessus tout, que l’on ne déterre les vieux démons de la crise post -électorale passée dont certaines ouvertures faites, peinent tant bien que mal à se refermer. Ce qui serait, à coup sûr, une bêtise abyssale pour les héritiers de feu Felix Houphouët Boigny qui a toujours prôné le dialogue en toute circonstance, dans le cadre de la préservation de la paix.
Pour l’heure, c’est le spectre d’une crise pré-électorale qui semble planer sur la tête des ivoiriens et dont il faut redouter qu’elle ne s’envenime. Cette situation n’est que le premier épisode d’un long feuilleton politico-judiciaire qui risque de faire couler beaucoup d’encre et de salive.
Souleymane DIALLO

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