PROFESSEUR CLEMENT DEMBÉLÉ : PRÉSIDENT DE LA PLATEFORME DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION ET LE CHÔMAGE AU MALI « LA CORRUPTION EST LE DÉNOMINATEUR COMMUN ¬Á TOUS NOS PROBLÈMES, C’EST LE CANCER QUI GANGRÈNE NOTRE ORGANISME DE FONCTIONNEMENT »

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Puiser à la source de l’information est la meilleure approche pour informer, du moins, dans un souci de crédibilité. Aussi, le Professeur Clément DEMBÉLÉ, qui n’est plus à présenter au Mali, a bien voulu nous recevoir afin de se prêter aux questions que nous lui avons posées relativement aux louables combats qu’il mène pour le Mali.

Djoliba soleil : Pourquoi avoir fait de la lutte contre la corruption votre cheval de bataille alors que le Mali traverse en ce moment une crise multidimensionnelle ?

  • Clément DEMBELE : C’est bien parce que la corruption est le dénominateur commun à tous nos problèmes, c’est le cancer qui gangrène notre organise de fonctionnement. L’administration malienne est corrompue à 90%, la justice malienne à 99%, les hommes politiques presqu’à 100%. Alors que le pays est tenu par l’administration, la justice, l’exécutif et que ces trois couches sont corrompues à 99% et donc pourries. Ils ont goûté au népotisme, au mensonge, à l’hypocrisie, la magouille, la tromperie. C’est une mafia organisée qui a mis en place un système qui fait qu’on ne peut les toucher.  Quand on vole au Mali, on va donner une part au juge qui ne peut donc rendre la justice. Le constat est qu’à part Tiéblé DRAMÉ, avant que ce dernier ne se reconvertisse chez IBK pour rechercher sa baraka et Oumar MARIKO qui ont dénoncé un moment la corruption, les autres partis politiques se contentent d’assister, de peur d’être dénoncés à leur tour. C’est pour cela que je mets un accent particulier sur la lutte contre la corruption, mettre fin à ce phénomène qui est fille d’impunité car il n’y a en la matière pas d’outil ou du moins des structures  qui ne servent à rien alors que leur fonctionnement coûte quinze milliards neuf cent millions pour assister à deux cent cinquante milliards de détournés chaque année. Ce sont  neuf cent mille enfants qui seront scolarisés si l’on met fin à la corruption au Mali. Cette année 2018- 2019, 85% des réalisations immobilières à Dakar sont faites par des fonctionnaires maliens. Cela correspond à 45 milliards de FCFA. Ce phénomène qui consiste à construire des maisons en Côte d’Ivoire  ou au Sénégal est à la mode. La fin de la corruption permettra de résorber complètement le chômage des jeunes.

Que justifie votre engagement inconditionnel dans la lutte pour la cause de l’armée malienne ?

– Notre armée ne peut pas être la risée du monde car c’est grâce à notre armée que l’Algérie où nous signons aujourd’hui nos accords a eu son indépendance en combattant aux côtés des FLN. C’est encore grâce à cette armée que  la Mauritanie, le Niger la Guinée ont eu leur indépendance. L’armée malienne a fait des interventions salutaires au Ghana pour lui permettre de se remettre. Nous ne pouvons donc qu’être solidaires à cette armée et lutter afin que justice lui soit rendue suite à toutes ces corruptions dont elle est victime. Nous lutterons afin que toute la lumière soit faite sur l’achat des faux avions militaires et autres affaires similaires telles que l’argent destiné à l’achat des munitions et qui a été détourné. Notre armée nous a toujours soutenus, il est temps de lui témoigner toute notre gratitude.

Que pensez-vous de la crise au centre qui semble interminable ?

– Notre sécurité a été privatisée au centre où nos dirigeants ont créé des milices eux-mêmes, ils ont donné des récépissés pour contrebalancer la tendance d’Amadou KOUFFA. L’État ne peut faire face à cela car nous ne sommes dans une guerre de défense, ce n’est pas un problème de militaires mais plutôt un problème qui relève de la gendarmerie, de la police, du renseignement. Nous sommes dans une guerre asymétrique, nous sommes en conflit asymétrique. Nous ne sommes donc pas en guerre même si le Président de la République le dit. Une guerre est connue, l’adversaire  ainsi que ses positionnements sont connus, il est en face. Mais pour la crise actuelle, voilà les trois choses à faire : La stratégie de l’action communicationnelle, la proximité, le renseignement. Cela ne relève pas des militaires alors que nous les y avons emmenés. Même l’armée des USA ne peut régler ce conflit. L’armée doit faire face à un ennemi visible pas invisible. Nous avons dans ce cas un problème de sécurité et pas un problème de défense. Les militaires ne peuvent venir qu’en appui. Il y a déjà eu  sept ministres de la défense et jusqu’ à ce jour le général Salif TRAORÉ se maintient.

Qu’en est –il de la déclaration des biens des huit mille fonctionnaires maliens ?

  • Nous avons fait trois sit-in devant l’OCLEI  et c’est M. Moumouni GUINDO, président de l’OCLEI magistrat qui nous a reçus et nous a fait savoir que c’est le gouvernement qui constitue le blocage et qui les empêche de faire leur travail et que dès que l’occasion leur sera donnée, il le fera. C’est cette structure qui nous a communiqué le chiffre des huit mille fonctionnaires qui refusent de déclarer leurs biens. Nous avons porté une plainte de dénonciation contre ces personnes pour non-respect de la loi. Suite à ces déclarations de M. Moumouni, nous avons été voir M. Arizo MAIGA, Procureur Général du Mali qui nous a dit tout le contraire en faisant savoir que c’est au contraire Moumouni qui constitue le blocage. Nous retournerons le voir afin qu’il fasse ce qu’on attend de lui ou au cas contraire nous demanderons sa démission.
  • Croyez-vous à l’efficacité du dialogue politique inclusif ?
  • Clément DEMBELE : Depuis kouroukanfouga, les maliens dialoguent et qu’est- ce qu’a changé ? Depuis 1236, depuis huit siècles les maliens dialoguent et nous sommes encore à ce niveau. Aujourd’hui 97% des jeunes diplômés à la sortie des universités, n’ont pas d’emploi, 80% de jeunes toute catégorie confondue sont au chômage, une famille sur trois ne mangent pas trois fois par jour au Mali selon les chiffres du PAM, 97% des maliens reconnaissent la corruption au Mali, 98% des Maliens n’ont pas confiance en la justice malienne, 99% des maliens trouvent que les hommes politiques sont à l’origine de tous les problèmes du Mali, 43% des jeunes maliens sont candidats à l’immigration selon l’OFI, le MALI a 33 sur 100, indice du baromètre de la banque mondiale et du FMI, selon Agency transparency le Mali est le 121ème pays le plus corrompu au monde, 250 milliards volés au Mali. . Le peuple n’a pas besoin de dialogue, il a faim et soif et a juste besoin que les dirigeants changent leurs comportements. A propos du dialogue, ils ont déjà leur document tout fini, ils nous feront parler et ils prendront des décisions à notre place en prétextant que c’est l’émanation du dialogue. Pour véritablement dialoguer, il faudra au moins cinq ans.
  • Comment expliquez- vous votre approche politique qui semble bien se démarquer du reste de la classe politique malienne ?

– Nous devons emmener une nouvelle doctrine politique. Je veux rapprocher la société civile à l’espace politique et permettre à celle-ci d’agir en toute liberté et en toute indépendance sur l’espace politique, d’analyser l’espace politique en termes de veille citoyenne. La politique électoraliste n’est vraiment pas ma tasse de thé et je veux m’en démarquer. Il s’agit d’une politique spontanée, périodique qui ne me convient pas pour des convictions morales et intellectuelles. Il s’agit d’une vieille école politicienne.  Le politicien doit choisir un fléau qui mine la société et en faire son combat. En fait l’opposition n’est pas la déclaration molle ou le folklore de déclaration, elle consiste surtout à observer les hommes, l’environnement, les tendances et à les analyser, interpréter, préconiser, proposer et agir. Il faut plutôt une idéologie bien structurée, des objectifs précis et des missions spécifiques. Nos politiciens n’ont pas d’objectifs spécifiques à part qu’ils veulent tous circuler en V8 et aller à Koulouba. Dans ce cas, l’homme politique sort de sa robe de politicien et rentre dans le costume de politique et en ce moment il cesse de tenir le discours de politicien et tenir le discours de la sincérité. C’est une école de pensée que j’appelle la révolution des consciences. Voilà pourquoi j’invite sans prétention de ma part que les autres politiciens maliens viennent à mon école car nous ne voulons plus d’animateurs mais plutôt des acteurs et de même nous ne voulons plus de marchands d’illusions pour nous vendre des rêves.

Que répondez-vous à vos détracteurs qui vous traitent de populiste ?

  • Vous ne pouvez pas changer les gens, les informer, les former, leur donner l’exemple, être à leur disposition si vous n’êtes pas proche d’eux car il n’y a pas d’influence à distance. La proximité compte beaucoup et c’est cette authenticité que je veux et que je conseille à tout homme d’Etat et politique. Vous ne pouvez pas être un leader si vous n’êtes pas proche des gens et cela doit être l’attitude de tout visionnaire. Je veux bien être populiste si cela peut faire changer la donne et me permettre de dialoguer avec le paysan, de descendre dans les marchés, si cela me rapproche de la population. Je suis le populiste qui parle à la jeunesse, qui va dans les universités et si le populisme permet de venir à bout de la corruption au Mali, je le suis volontiers.

Avez-vous espoir quant à l’aboutissement de la lutte contre la corruption au Mali ?

  • J’ai foi que cette lutte aboutira car quand je ne crois pas en quelque chose, je ne l’entreprends pas. Je vous donne ma parole d’honneur que la corruption prendra fin un jour au Mali et ne sera qu’un mauvais souvenir.

                                                                                                                                                             Souleymane DIALLO

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