RETOUR TRIOMPHAL D’ATT AU BERCAIL : SYMBOLE FORT DE L’IMPUNITÉ AU MALI

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Enfin, l’ancien Président de la république du Mali, ATT, évincé à la faveur d’une mutinerie en 2012, signe son retour définitif au pays. Ce samedi 14 décembre, restera un jour mémorable pour les nombreux partisans d’Amadou Toumani TOURÉ, qui sont sortis massivement l’accueillir avec fanfare et clairon.

Décidément, ce samedi aura été un jour de liesse pour ATT et ses partisans venus par centaines lui rendre un accueil des plus chaleureux depuis l’aéroport international Bamako Senou. Exilé à Dakar au Sénégal, depuis 2012, à la suite d’une mutinerie, l’ex-Président ATT, notamment accusé de haute trahison à la nation, sera par la suite gracié par l’actuel chef d’État Ibrahim Boubacar Kéita.
Il faut noter que ce geste du Président intervenait en pleine période électorale en vue des présidentielles. Cette situation, autrement dit, ce geste d’IBK, avait amplifié les rumeurs selon lesquelles il y’aurait eu un deal au sommet entre les deux hommes. En termes plus clairs, il était question de favoriser l’élection de l’un en contrepartie de la liberté de l’autre.
Effectivement, il faut reconnaitre qu’en dépit de sa déchéance et de son exil forcé, le général Président avait laissé derrière lui de très nombreux sympathisants inconditionnellement acquis à sa cause, susceptibles d’attiser bien de convoitises.
Par ailleurs, pour l’opinion, la grâce présidentielle accordée à ATT était trop facile et avait suscité beaucoup d’indignation au sein de la population, vu les charges qui pesaient sur lui. Parmi celles-ci, il faut noter les fameuses écoutes téléphoniques, au nord, en plein combats entre FAMAS et ex-rebelles, qui avaient valu à ATT d’être considéré comme un traitre à la nation toute entière. On se souvient encore de la marche des femmes de soldats de Kati, excédées du massacre massif et à répétition de leurs hommes, vers le palais présidentiel pour demander des comptes à ATT.
En plus, si selon ses détracteurs, l’ancien Président a trahi l’armée, ils sont nombreux aujourd’hui à le rendre responsable d’avoir bel et bien cautionné, voire encouragé les détournements de deniers publics en son temps.
En effet, lors d’une de ses émissions annuelles à la télévision nationale (baroni), en présence de journalistes sur les questions cruciales de la nation, ATT avait publiquement déclaré qu’il n’humilierait pas un chef de famille en l’envoyant en prison pour cause de détournement de biens publics. Ces propos avaient choqué plus d’un malien, venant d’un chef d’État, quand on sait l’impact de ce phénomène sur la vie du modeste et honnête citoyen. Cette déclaration a été perçue par l’opinion telle une incitation à la corruption ou pire encore une légitimation de celle-ci sous toutes ses facettes. Et cela dans un pays où le phénomène a atteint un seuil endémique.
Pour bon nombre d’observateurs, ces propos du général, complaisant face à la corruption, contrastaient mal avec le fait qu’il soit lui-même à l’initiative de l’instauration d’un Bureau de Vérificateur Général au Mali. L’homme dont il est question et qui jouit aujourd’hui d’une réhabilitation au plan national, en guise de récompense, pour avoir aidé à préserver des intérêts personnels, méritait pourtant de rendre des comptes pour des faits aussi graves, à lui reprochés, afin de servir d’exemple dans un pays où les cas d’impunité sont légions.
De toute évidence, si les partisans d’ATT, puisque c’est de lui qu’il s’agit, jubilent du retour de leur mentor, force est cependant de reconnaitre qu’elles sont nombreuses, ces personnes profondément frustrées de cette situation, du fait de préjudices subis par la faute de l’ancien Président.
Évidemment, cet accueil chaleureux, agrémenté par fanfares et clairons peut -être assimilé à une provocation au regard de toutes ces personnes qui auraient souhaité ou qui auraient intérêt à ce que l’ancien Président rende des comptes au peuple malien. Du moins, si l’on se projette dans un contexte où le tissu social présente déjà de multiples fissures dans un pays qui peine à se réconcilier avec lui-même.
Dès son arrivée, si l’ex- Président a déclaré, publiquement, ne plus se lancer en politique, cela n’est certainement pas anodin quant à son passé peu glorieux dans sa gestion des affaires. Encore, faudra-t-il qu’il tienne parole car ces propos, après tout, n’émanent que d’un politicien.
Souleymane KONATE

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