ARTISTES MALIENS ET COVID-19, QUE PENSE ADAMA SANOGO DE LA SITUATION ?

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Après Sofarsogood, l’artiste slameur, Adama Sanogo, a également accepté de nous faire part de son opinion sur les conditions de vie des artistes, en cette période de pandémie de la Covid-19. Selon lui, cette maladie constitue une entrave majeure à toutes leurs activités.

Duniya Kibaru : Veuillez, s’il vous plait, vous présenter à lecteurs.
Adama Sanogo : je suis Adama Sanogo, artiste slameur, du club Slam Agoratoire. Agoratoire est la combinaison de deux mots : Agora et Oratoire. Agora qui signifie Grande place publique (dans la Grèce antique) ou Large espace piétonnier et commerçant dans une ville nouvelle. Oratoire : Qui concerne l’art de parler en public, l’éloquence. L’Agoratoire est simplement un lieu ou un espace où l’on vient exprimer ses ressentis à travers l’oralité.
Quel est l’impact de la covid-19 sur vos activités ?
Depuis l’apparition de cette pandemie, la vie de bon nombre d’artistes a changé, non seulement au Mali mais aussi, dans le monde entier. Moi, particulièrement, cette maladie a freiné beaucoup de mes activités. Je n’avais pas mal de projets en cours avec mon club, notamment, le journal slamé, la participation avec mes collègues slameurs du Club Slam Agoratoire au Fish (Festival International de Slam et d’Humour), et beaucoup d’invitations lors des cérémonies et conférences pour faire du slam ont été mises à l’arrêt.
Parlant de mon club, à cause de cette pandémie, il a dû reporter son grand Festival FISH lors duquel les grands slameurs du Monde, en l’occurrence, Marc Kelly Smith, le fondateur du mouvement Slam, allaient prendre part. Notre championne de Massa Slam, Hadizatou Dao, qui devrait représenter le MALI à la coupe du Monde de Slam, n’ira plus, la compétition se fera en ligne. Ainsi, pour dire que la Covid-19 a bloqué toutes nos activités.
Que faites-vous pour éviter à votre talent de s’endormir ?
Pour ne pas que mon talent se meurt à petit feu, je fais des répétitions sur notre groupe Watsapp, certaines nuits avec mes amis, histoire de ne pas trop se regrouper comme le gouvernement l’a exigé. J’écris de nouveaux textes pendant mon confinement, je les apprends, je les maîtrise. Aussi, je me forme chez moi en m’enrégistrant avec mon téléphone pour travailler ma voix. Je participe également aux concours en ligne, notamment le concours littéraire PÖECOVID-19, organisé par l’écrivaine Aïcha Diarra avec mes amis.
Êtes-vous déjà servi de votre art pour riposter contre la covid-19 ?
Oui, bien sûr, je me sers de mon art pour riposter contre COVID 19. Tout récemment, nous avons eu un contrat avec Donko Ni Maya pour faire un single de sensibilisation contre la COVID-19. Nous avons aussi fait le clip. Et le clip a été joué sur beaucoup de chaines, en l’occurrence, la chaine Nationale, puis, publié sur You Tube pour que tout le monde y ait accès. L’objectif était de montrer aux populations la nécessité des mesures barrières et les risques de COVID-19.
Que dites-vous de la levée du couvre-feu ?
Concernant la levée du Couvre-feu, je suis totalement d’accord. Les gens étaient fatigués pour rien. Le virus ne marche pas seulement la nuit mais aussi la journée. Imaginez-vous, le couvre-feu est appliqué sur toute l’étendue du territoire malien avec pour objectif de freiner la COVID-19, pendant que les mosquées, les marchés de Bamako restent ouverts partout. La question que je me pose est de savoir si le virus ne marche pas plus dans ces endroits que dans la rue ? En plus, avec cette forte chaleur, EDM-SA ne cesse de couper le courant. Les gens manquant d’air pur, viennent respirer un peu dehors. S’ils doivent se camoufler à la maison de peur du couvre-feu, ils souffriront. Ce qui fait que les gens se soulèvent pour riposter. Un petit constat, c’est au moment de la canicule que le taux de mortalité augmente dans notre pays.
Selon vous, notre pays est-il capable de respecter les mesures barrières ? Ou que faut-il faire afin que la population puisse respecter lesdites mesures ?
Respecter les mesures Barrières, c’est juste une expression des blancs. Elle ne marche pas en Afrique. Nous allons beau sensibiliser la population, matin, midi et soir, sur ces mesures barrières, ils sont nombreux qui ne les respecteront pas. Certains mêmes diront que cette maladie ne tue pas les noirs. Promenez-vous dans les rues, dans les marchés ou ailleurs dans nos régions, pour voir de vos yeux que les gens s’en foutent d’un mètre de distance entre eux, le port du cache-nez etc. malgré qu’ils soient obligatoires. Les gens ne croient plus à cette maladie. Ils veulent, peut-être, voir les morts comme dans les guerres pour y croire, je pense bien. Parmi de mauvais citoyens, il existe des bons, certains les respectent quand même.
Pour que la population respecte ces mesures barrières, la solution est la sensibilisation. Mais, il faut changer la méthode de sensibilisation. Si vous le constatez, chez nous, la majeure partie de la sensibilisation se fait dans les médias. Je crois que l’État doit déployer des acteurs qui vont aller dans les communes pour parler face à face avec la population. La communication sera interactive et le jeu questions et réponses pourra faire son effet plus que l’autre méthode. Il ne suffira pas de rester derrière les écrans et faire un long discours. Je remarque également que l’État est seulement basé à Bamako, il doit étaler sa lutte dans les autres régions
Que comptez-vous faire à la fin de la covid-19 ?
Après la COVID-19, mon souhait est d’abord de continuer avec mes études puis continuer avec mon art afin d’avoir plus de gains dans la poche. Reprendre avec mes activités, car l’artiste doit, avant tout, vivre de son art.
Le mot de la fin, s’il vous plait.
Merci beaucoup pour cet entretien.

Korotoumou DJILLA/Duniya Kibaru.net

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