LE PHÉNOMENE DES ENFANTS MICROBES D’ABIDJAN IMMINENT À BAMAKO

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Les enfants microbes ou par euphémisme les enfants en conflit avec la loi est ce phénomène qui a longtemps terrifié les populations d’Abidjan et défrayé la chronique. Cependant, l’imminence du phénomène à Bamako est plus qu’une évidence eu égard à certains de ses signes précurseurs qui attestent de son caractère germinatif.

Pour mieux comprendre le phénomène des enfants dits microbes, il serait judicieux de se pencher, un temps soit peu, sur le cas d’Abidjan qui semble être le nid de ces enfants sensibles. En effet, c’est dans la capitale économique ivoirienne que le mal a presqu’atteint son apogée. Ces enfants microbes, qui sont-ils en réalité ?
Ils sont dépeints comme étant une bande de garnements livrés à eux-mêmes, se promenant par groupes. Leur particularité se résume au fait qu’ils agressent leurs victimes de jour comme de nuit, à visage découvert, les tuent le plus souvent et les dépouillent de tous leurs biens. Ce groupe d’enfants, ayant des instincts de prédateurs, traquent de paisibles citoyens et les massacrent aux yeux de tous.
Interrogés sur les motifs de leurs actions, ils affirment être eux-mêmes des victimes du système en place qui maintiendrait leurs parents ou proches dans le chômage et qu’ils ne disposent pas d’autres alternatives de survie. Dans la réalité, la plupart de ces bambins sont abandonnés et ne sont sous aucun contrôle si ce n’est l’emprise de leur propre fougue. Ayant personnellement enduré de rudes épreuves de la vie, ces enfants sont rendus insensibles, voire impitoyables aux souffrances des autres. C’est la raison pour laquelle, ils tuent de sang-froid et sans état d’âme. Il faut, par ailleurs, noter que ces enfants, dans l’innocence de l’âge, sont souvent manipulés à des fins criminelles. En effet, étant en permanence sous l’effet de stupéfiants, ces malheureux sont aussi utilisés dans le cadre de règlement de compte tel qu’évoqué dans le film documentaire « Parole aux microbes », réalisé par Francis Ankindès, Sociologue et Professeur à l’Université Alassane OUATTARA de Bouaké.
L’intérêt d’évoquer ici la situation des enfants microbes d’Abidjan tient à l’existence du phénomène des enfants dits talibés à Bamako. En fait, si l’on veut se projeter dans une étude analogique portant sur chacune de ces situations, nous dirons que les petits mendiants de Bamako, communément appelés les talibés, se retrouvent dans des conditions similaires à celles reconnues aux enfants microbes d’Abidjan. Effectivement, ces talibés, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, sont aperçus, le plus souvent, agglutinés devant les vitrines de certains supermarchés ou massés aux abords des grandes artères de la capitale.
Egalement, ils apparaissent quasiment à tout coin de rue. Notons que ces enfants de la rue, s’il convient de les appeler ainsi, sont laissés pour compte par famille, parents, société et de surcroit l’État. Pour toute justification du phénomène des talibés, d’aucuns diraient qu’il est d’ordre culturel ou religieux alors que, de nos jours, le constat est tout autre. En effet, pour tout historique, le talibé était confié à un maitre d’école coranique qui se chargeait d’assurer ou parachever son éducation intellectuelle, morale et religieuse. À ce titre, ne disposant pas de moyens pour payer les services de son mentor, les enfants devaient, en guise de compensation financière, après les cours, aider à cultiver ses champs ou mendier pour le compte de ce dernier. Cependant, le plus clair de leur temps, ils le passaient en classe et non en quête d’âme charitable.
Par contre, aujourd’hui, le phénomène est tout autre car les talibés sont moins présents en classe que dehors. L’objectif étant de mendier, tout le temps, plutôt que de recevoir formation et éducation de la part de leur maitre. Dans ces conditions, livrés à eux-mêmes, ces apprenants, transformés en mendiants, cultivent un comportement déviant, qui les déshumanise et fait d’eux des parias de la société.
Il est vrai que n’étant, pour la plupart d’entre eux, sous aucune contrainte ou surveillance, ces enfants sont soumis à leurs propres caprices et n’obéissent qu’à leurs instincts ; donc, en proie à la rue où ils passent même la nuit à la belle étoile. Ne bénéficiant ni de conseils encore moins d’affection, ces pauvres garnements finissent par trouver refuge dans les produits sonnants ou dopants sous l’effet desquels ils sombrent, parfois, dans la délinquance juvénile.
De toute évidence, ces petits mendiants ou talibés de Bamako présentent un danger potentiel à plusieurs égards. Pour cause, le Mali étant aujourd’hui profondément plongé dans l’insécurité et de surcroit en proie au terrorisme ambiant, devrait craindre que ces enfants de la rue, dont le nombre ne cesse de croitre, ne deviennent le bras armé de quelques organisations criminelles telles qu’il nous est donné de voir dans certaines localités du pays et même de la sous-région dont le Nigeria. En effet, dans ce pays, combien d’enfants déjà enlevés et enrôlés sont instrumentalisés pour commettre de pires attentats contre les populations ?
Cette situation s’explique par le fait que nos talibés psychologiquement endurcis par les maltraitances multiformes allant des sévices corporels aux tortures morales de la part de ceux qui sont censés être garants d’eux, n’hésitent pas à se retourner contre une société dont ils sentent tout le poids du rejet. Certains avanceront à propos des enfants microbes d’Abidjan et des enfants talibés de Bamako que les mêmes causes ne produisent pas forcément les mêmes effets mais ce qu’il y a à craindre surtout, c’est l’effet de contamination ou l’action par mimétisme. Face à cette situation embarrassante, il serait opportun qu’une législation rigoureuse, pour réglementer cette pratique, intervienne à point nommé car, dit- on, « mieux vaut prévenir que guérir. »
En tout cas, le mal doit donc être combattu à la racine pour éviter que le phénomène des enfants microbes d’Abidjan ne se téléporte à Bamako pour éprouver davantage les populations qui paient déjà le lourd tribut de l’insécurité.
Souleymane DIALLO/ Duniya kibaru.net

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